mercredi 31 janvier 2007

Déménagement

Ouvrir un nouveau blog, celui-ci, abandonner à cette occasion l'ancien (http://durendal3.spaces.live.com/), le vieux déjà, sans regret, mais ne pas partir sans bagages, alors j'ai repris quelques posts de janvier simplement parce quand on entre dans une nouvelle maison, on emporte des meubles de toujours sans même se poser la question de savoir s'ils sont nécessaires peut-être pour être sûr de se reconnaître dans un nouveau décors et éviter de s'y égarer.

dimanche 28 janvier 2007

Le mort saisit le vif (principe de droit successoral)

Cette semaine on aura beaucoup parlé de l'abbé Pierre, beaucoup commenter son oeuvre et, ainsi qu'une nécessité, évoqué l'amour de cet homme pour l'humanité en particulier ceux que la société a le plus blessés.

Le plus souvent, ces commentaires appelaient à la reconnaissance de l'évidente sainteté de l'abbé Pierre et appelait à sa prompte canonisation par son Eglise.

Sans me prononcer sur une question qui appartient à la curie romaine, je déplore cet appel. Canoniser l'abbé Pierre ne serait-il pas trop vite faire de son oeuvre un élément de l'histoire et assourdir ses constants appels à une meilleure fraternité entre tous les hommes ? S'il devenait ainsi un saint, que pourrais-je moi-même pour la cause qu'il défend, moi qui ne suis pas un saint ?

Plutôtque d'élever la voie de l'Abbé Pierre au chant des anges - dont nous savons chacun combien elle nous est lointaine - retenir au contraire que si sa voie s'est éteinte, c'est pour qu'elle soit en chacune des voies, sans polémique partisane, mais avec l'esprit de fraternité.

Ainsi le mort saisit le vif et quand l'héritage est beau le vif est d'autant plus léger à le défendre. Se le souhaiter, et le souhaiter à chacun.

vendredi 26 janvier 2007

le Plaisir est un Art, le contraire n'est pas vrai

Les peines du Grand-Théâtre de Genève déborde de la scène et s'écoulent, quotidiennes, dans nos feuilles.

Qu'est-ce pourtant que chacune des soirées passées dans ses fauteilles, sinon confesser combien de fois y avoir touché au Paradis, y avoir ressenti cet arrêt du temps, ce recul de la mort, cette appartenance à l'éternité; plus souvent sans doute, y avoir cédé à la volupté, laissant de la sorte les sens s'emballer et se sentir soi-même transfiguré; parfois aussi y avoir trouvé ce simple plaisir qui est une porte ouverte vers quelque chose de plus profond et donc quitter la salle avec l'enthousiasme que donne le plaisir et le regret de ne pas avoir su ou pu être emporté plus avant.

Pour toutes ces soirées et autant de transports, dire merci à chacune et chacun qui à sa place franchit les limites du possible, sinon de l'impossible, et réalise cette magie. Combien êtes-vous, qu'y faites-vous, nul ne le sait exactement, ni se l'imagine, parce qu'à cet instant, vous êtes la musique fugitive que vous voulez parfaite, une image immobile qui pourtant s'articule, se forme et se déforme à mesure que la musique résonne, vous donnez corps aux sollistes à l'apparence si sûre qui pourtant, comme chacun d'entre vous, portent vos certitudes et vos doutes, vos enthousiasmes et vos épuisements.

Le rideau tombé, voilà votre peine qui maintenant éclate, fondée bien sûr, comment en douter, et la réponse politique proposée est un audit dont l'annonce et l'entreprise loin d'appaiser paraît précipiter plus avant les peines au point qu'elles deviennent des antagonismes et qu'à une démission succède un remerciement.

Il est une rumeur qui veut voir derrière cela quelque marionnettiste qui tirerait les ficelles et fausserait les partitions.

Peut-être plus naturellement que l'Art et la peine sont liés en une intimité jalouse, que l'Art et la peine revendiquent chacun de se surpasser et que l'Art n'a pas toujours le dessus. Ce n'est encore rien si l'Art prend ensuite sa revanche, ce serait d'autant plus la fin si au contraire la peine conservait le dessus, fin d'autant plus cruelle que la peine deviendrait alors sans cause ni valeur.

Chacun d'entre les collaborateurs du Grand-Théâtre est un artiste en ce sens que chacun y a apporte à sa mesure une contribution indispensable à l'oeuvre. Pour eux, il n'y a ni fleurs, ni lumière, peut-être lointainement les applaudissements ou la lecture d'une critique. Ce n'est pas là la juste récompense qui donne la conscience de l'Oeuvre. Mais ce dont je suis sûr, c'est que c'est là la question, et je doute que c'est dans l'audit requis que se trouvera la réponse.

Réponse qu'il faudra pourtant trouver, et je propose la piste de se passer et repasser "La Naissance d'un Opéra", magnifique DVD réalisé au Grand-Théâtre autour de la Traviata, qui dit le miracle de la création et décrit les forces qui la soutienne et leur bravoure qu'il faut récompenser.

Antonio je sais l'impossible tâche qu'était la tienne et tu sais ma compassion, aujourd'hui, plus encore.

mardi 23 janvier 2007

Pour en finir avec le Plaisir

Réaliser soudain que mes propos sur le plaisir sont faux, complètement à côté de la plaque, traduction de la plus sourde ignorance. La honte au visage, je viens ici faire amende honorable. N'ai-je pas décrit le plaisir comme une attitude, ainsi sans doute qu'il me fut enseigné, sinon certes le 31 décembre où je percevais à peine la révélation du plaisir, sans comprendre encore que je mettais un pied vers ce qui m'avait été jusqu'alors caché.

C'est à Toni Bentley danseuse au City Ballet de New York qu'il faut emprunter de sa bibliographie "Ma Reddition" les mots exactes pour parler du plaisir :

"Le plaisir est une simple indulgence passagère, une distraction subtile, une anesthésie sur le chemin de quelque chose de plus élevé, de plus profond, de plus intime.

La volupté est l'expérience de l'éternité dans l'instant présent.

Le Paradis est une expérience qui peut durer à peine quelques secondes en temps réel. Mais pendant ces fractions incommensurables, le temps s'arrête. Or c'est seulement quand le temps s'arrête que la mort recule et que le Paradis devient accessible."


Perception intime de cela dans mon blog du 31 décembre et comprendre aujourd'hui que le plaisir est un Art qui appartient sans doute, plus qu'à chacune des neuf Muses, à Mnémosyne la mère qui les a enfantées. Mnémosyne, la seule femme sage du Panthéon; et la comparer à Eve qui crut vainement que la sagesse résidait dans le fruit de l'arbre, pomme réduite au seul plaisir humain (simple indulgence passagère...) Troublante concordance de la recherche à travers les livres.

Mais comment enseigner encore que le plaisir est une attitude et taire que c'est là l'Art; sinon pour nous prévenir de la tentation d'Eve de devenir pareil à Dieu... (Paradis qui devient accessible)

Camarades, Il faut résister au mensonge commun !

... et aller voir et revoir PARA-DICE de Saburo Teshigawara.

samedi 20 janvier 2007

Injustice pénale !

Quand un pilier de la justice pénale genevoise choisit de démissionner plutôt que d'appliquer le droit pénal qui vient d'entrer en vigueur, force est de s'interroger.

Modifications aussi nombreuses que discutables, mais retenir que celle dont on parle le plus : les "jours-amende" qui se substituent à l'emprisonnement. Ainsi donc, la Justice fait le commerce de la liberté en fonction du gain journalier du condamné, ce qui constitue à l'évidence une très lourde sanction financière, mais sans exiger, ni au demeurant pouvoir exiger, que les "jours-amende" soient payés par le condamné lui-même et non de généreux parents ou amis, ou encore par un gain de loterie. Quelle garantie encore est-il donnée que la sanction frappe le condamné et non le conjoint et les enfants ? Aucune bien sûr, bien au contraire, la condamnation frappe en premier chef le groupe familial, aussi pareillement que la justice recherche et condamne un complice. Famille condamnée sans jugement, sans un mot pour se défendre.

La sanction pénale a toujours été la perte de la liberté, parce que n'est coubable et condamné que celui qui agit avec conscience et volonté, à savoir librement. Et c'est le mauvais usage de cette conscience qui est visé par la sanction qui frappe le condamné dans sa liberté et lui enseigne (ou lui rappelle) que si elle est la nature même de l'homme, elle ne doit tendre qu'au Bien, même si ce n'est pas toujours facile.

Et aussi, seule, la perte de liberté du coupable qui apporte à sa victime la consolation que l'auteur a été provisoirement mis hors d'état de répéter son geste. Aujourd'hui, quelle réponse est donnée à la victime ? Sans doute pas le commerce (oser dire le profit ?) que fait la Justice de sa souffrance !

vendredi 19 janvier 2007

Se souvenir de Swissair et sauver ce qui peut l'être

Le temps en Suisse est au procès du symbole national jeté à terre, piétiné par ceux-là même qui devait le défendre. Je pense à Swissair, son prestige universel et sa faillite honteuse qui a jeté le discrédit sur tout une nation, ses principes et ses dirigeants. Drame collectif, partie aujourd'hui de la mémoire collective.

J'entends les dirigeants hautains, partageant la même stratégie de défense à ce procès de leur incurie que les quelques dictateurs confrontés à leur juge : le silence qui dit moins l'humilité face à la faute que le mépris qu'ils ont du pays qui tout entier les juge.

Je pense à mes amies, alors personnel naviguant pour cette compagnie, leur bonheur de porter l'insigne de la (leur) compagnie, leur fierté d'en être par chaque geste le porte-parole et la fidélité qui a été la leur pendant toute la durée de leur collaboration. Aucune société ne pouvait aussi bien incarner le mot et l'esprit de "la culture d'entreprise".

Culture trahie, aujourd'hui encore par leurs propres patrons, rouvrant bien inutilement les plaies qu'on espérait cicatrisées.

Hier soir, dans ce train, une très jeune contrôleur(euse ?), aussi jolie qu'aimable, faisait de l'ordre dans le compartiment voisin, jetant ce qui devait l'être avec une attention minutieuse.

Je m'en étonnais et voyant là une contrainte qu'une direction sans scrupule lui imposait, lui demandais si c'était là sa tâche. La question la surpris, elle hésita, comme pour mieux comprendre une question qui la gênait visiblement puis répondit que non, mais que ça lui faisait plaisir que le train soit propre et plus encore puisque j'en profitais et s'en alla déjà, le sourire retrouvé, poursuivre sa tâche et m'abondonner à mes lectures.

Puisse un tel personnel n'avoir jamais les patrons de la défunte Swissair !

jeudi 18 janvier 2007

Y en a point comme nous

Je remontais ce matin le rue du Mont-Blanc à Genève et forçais le pas, criagnant de manquer le train de 14. Stressé donc, les yeux sur ma montre je levais les yeux pour voir, où que porte le regard, partout des horloges publiques ou privées sur lesquels régler le pas.

Et me suis dit qu'au retour je les compterai et que vérifierai leur précision.

Et bien sur les 500 mètres de la rue, il y en a 18, dont 15 qui sont rigoureusement à l'heure ! C'est dire que l'heure exacte est ici une vertu et pas une légende.

L'une est arrêtée, c'est l'enseigne d'un restaurant turc et nous dit qu'une bonne cuisine exotique interdit à son patron l'assimmiation aux moeurs locales. C'est pure propagande que l'horologe indique une heure délibérément fantaisiste !

Deux ne sont pas à l'heure, l'une pour retarder de trois minutes, l'autre pour avancer de cinq. Deux horloges, sur le même bâtiment des postes ! L'une - qui rertarde - pour nous donner l'heure de Berne - l'autre qui avance - pour indiquer celle de la fermeture des guichets de ce que d'aucun appelle le service public. Les symboles de l'Helvétie peinent à cohabiter heureusement.

Je retiendrai les autres et m'émerveille.